L’Histoire de Pierre. Chap. 10

La rupture. 

« -Je n’arrives plus à dormir je penses sans cesse à toi, je passe par des phases d’espoir et de désespoir terribles, je t’en veux et en même temps je me dis que c’est inévitable, toute ma sensibilité et mon intelligence se trouvent en conflit permanent avec mon envie et ma colère, c’est un combat épuisant, que tu avais prévu avec toute ton intelligence, tu sais mieux que moi faire avec:  ton instinct de vie est bien plus fort que le mien je ne sais si c’est l’essence de la féminité en tout cas je ne sais combien de femmes ont survécu dans l’enfer des guerres, elles savent ce que c’est que la douleur; mais c’est injuste, je suis à la fois convaincu de vouloir et de pouvoir comprendre et attendre mais je suis tout aussi traversé par le désir de tout arrêter. Je ne sais pas comment avancer dans le champ de mine que devient notre relation, j’ai l’impression de dégoupiller une grenade dès que j’essaie de t’appeler, d’ailleurs tu n’es plus joignable directement, tu filtres les appels ? Que tu aies besoin de voir tes enfants ne devrait pas être sur le même plan que notre relation mais en les mettant toujours en priorité et non en égalité c’est ce que tu fais, tu crées ainsi l’insécurité et la jalousie qui en découle, rien ne se construit ainsi.  

C’est un mauvais rêve qui va se finir sans gloire pour moi, nous y perdrons tous les deux un peu de grâce et tout ce qui avait été précieux un jour pour nous s’en trouvera détruit. Je souhaite ardemment qu’on trouve une issue, une porte dérobée qui nous ramènerai dans le boudoir de nos amours, une lumière douce qui éclairerait les labyrinthes qui abritent nos peurs. Je souhaite ardemment que ton besoin addictif, comme tu le définis, d’être mère ne signe pas la défaite de tes désir précieux d’être mon amante et n’enlève rien à la tendresse comme à la passion qui en sont les alliages solides. Je souhaite ardemment trouver le chemin de ton cœur en dessinant des arabesques sur ton ventre et partant de tes doux petits pieds remonter par la vallée de tes longues jambes en m’attardant dans la forêt dense qui protège la porte de tous les plaisirs. Notre langue est exquise la tienne est de feux elle sait seule éveiller en moi les plus folles envies et aussi les détruire lorsqu’elle s’absente. Elle se replie alors dans un lieu si profond de ton âme blessée que même mes cris d’amant éploré ne suffisent plus à la ranimer. Dans ces moments je suis pris d’un froid glacial qui fait raisonner mes os d’une marche lugubre, fait se raidir mon cerveau qui s’emballe et débite des bêtises et des méchancetés alors qu’il voudrait dire des paroles fleuries enveloppées de parfums captivants. 

With all my soul,  

« -Je n’ai plus d’âme, je n’ai plus qu’un amas confus de colère de désespoir et de peurs. Je ressens pourtant une force étrange, étrange car incongrue, qui n’a pas de place dans cette débâcle d’un amour qui s’en va. Elle l’aime, espère le retrouver, pense et écrit qu’elle voudrait faire l’amour avec lui, le retrouver au petit matin, se glisser dans ses bras et l’aimer. Elle a peur de cet amour qui la rattrape mais elle ne le fuit pas, elle l’espère et le redoute de crainte de retomber dans les filets de son emprise. Je suis sans voix, sans espoir, sans raison, je ne dors plus, je pense sans cesse aux mots qu’elle a écrit pour lui. Je n’aurais jamais dû les lire mais ce fut une pulsion destructrice impitoyable qui m’a fait revivre les pires cauchemars de mon histoire. En écrivant je retrouve un semblant d’identité, je me sens moins pris dans la nasse de la terreur et de la haine mortelle. » 

Qu’aurait fait pierre, l’auteur de pièces à succès ? Ces deux lettres sont arrivées dans sa boite à lettre mardi. 

La situation semble désespérée, un peu confuse mais sans espoir de retour. Il imagine aisément les scènes précédent ou accompagnant ce tableau classique de la rupture. Sa pensée, automatiquement enregistre un dialogue à deux. 

Lui- (il répond à un texto) Ok a ce soir au café du théâtre, à 8h30 ? 

Elle- (elle découvre sa réponse) Je ne serais pas là ce soir je dîne avec B. pour le travail, il faut qu’on en parle. 

Lui- Ok, ne rentre pas trop tard, on part demain matin de bonne heure à Paris, bise. 

Elle- (déjà dans l’attente de le voir l’Autre) T’inquiète pas je serais là vers onze heures. 

Lui- Bonne soirée et te prends pas la tête vous allez trouver une solution, après tout il faut bien qu’ils soient pris en charge quelque part tous ces malades. 

Elle part sans dire quoi que ce soit. La Twingo est garée devant le garage, elle ouvre son portable après avoir allumé un Philip Morris Bleu. « J’arrive j’ai bien cru qu’il ne me lâcherait pas, tu m’attends, tu as réservé une table ? » 

On n’entend pas la réponse couverte par le bruit du moteur et de la radio qui passe U2 à fond. 

Vers minuit, les amants sont allongés, ils fument une cigarette. Tu vas le lui dire ? dit l’homme. 

Écoute, je ne sais pas, je pense que oui et puis dès que je le vois je ne sais pas comment le lui dire, les mots ne viennent pas. Bon je rentre il va encore falloir que je lui mente je n’aime pas ça… » 

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