Le petit Hans ; Freud, 1909.

Une lecture de : Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans  (Le petit Hans, 1909) ,Sigmund Freud ; Cinq psychanalyses ; PUF, 1981.

Dans ce très beau texte, qui se lit comme un roman des origines, Freud raconte le cas un enfant de cinq ans qui est analysé par son père avec le concours du Pr Sigmund Freud qui supervise le travail du parent-thérapeute.

Dés le début nous nous trouvons dans une fiction vraie, catégorie qui rejoint la thèse défendue depuis toujours par des analystes comme J.B. Pontalis, Jean-Claude Lavie, Michel Gribinski etc…Il s’agit, comme l’écrit Edmundo Gomez Mango, à propos des écrits de JB. Pontalis, d’une pensée incarnée. Il avait « surtout une qualité de présence, un don de « présenter », par la voix, par son écriture, pas seulement une idée, mais une pensée vivante. J.B…tenait à l’incarnation de la pensée dans l’écriture…il s’agissait chez lui de transformer les représentations psychiques, les mouvements de l’âme, même les plus ténus, en verbe. »  Ce concept rejoint, je crois, l’idée de vérité historique que développe Bruno Karsenti au sujet du Moïse de Freud. (Bruno Karsenti ; Moïse et l’idée de peuple, La vérité historique selon Freud ; CERF, 2012)

Le contexte du traitement.

Le cas du petit Hans « pose le problème, nous dit Maurice Berger, du traitement par lettre avec le père… » cette remarque, qui nous a effectivement toujours posé question quant à l’efficacité, quant au cadre, Freud y répond dans ses commentaires.

Mais, et cela concerne au plus haut point notre séminaire, la proximité avec le travail de consultation thérapeutique tel que Winnicott l’a développé saute aux yeux dés les premières lignes du texte. Il suffit de se rappeler les écrits de ce dernier au sujet de ses consultations hospitalières avec des jeunes patients dont les parents peu disponibles ne pouvaient venir que de façon très espacée en consultation.

Freud voit dans le cas de cet enfant une démonstration de ses thèses sur la sexualité infantile telles qu’il les exposes dans les trois essais. Il défend très bien la critique de la fiabilité de la parole de l’enfant qui pourrait être dévoyée par sa suggestibilité et l’autorité paternelle.

 Je trouve que ce qu’il dit au sujet de l’attention, de l’écoute qu’il faut accorder à la parole de l’enfant peut s’étendre au sujet de toute parole analytique et pourrait servir de paradigme au statut particulier du discours analytique dans ce qu’il a d’incroyablement dérangeant dans nos sociétés actuelles, en particulier lorsque l’enfant « laisse spontanément jaillir ce qui constitue sa vérité intime et qu’il était jusqu’alors seul à savoir. 

Maurice Berger précise le contexte en se référant à un texte de J.Bergeret (1983) qui aurait émis l’hypothèse que la mère du petit Hans aurait eu des relations adultérines en présence de l’enfant peu avant l’apparition de la phobie. Ce serait le désaveu de la mère et  du couple parental, qui aurait maintenu le secret, qui serait selon M. Berger – qui analyse le cas selon une perspective groupale familiale – à l’origine du traumatisme pathogène. Le père ne croit pas Hans quand celui-ci décrit les relations sexuelles adultères de la mère. (Maurice Berger ; Entretiens familiaux et champ transitionnel ; Le fil rouge ; PUF, 1986)

La lecture du texte.

A la lecture ce texte a retenu mon attention comme lorsqu’on écoute un patient, ainsi j’en ai relevé quelques passages et reconstruit mes propres associations.

Le petit Hans s’est fait connaître comme étant Herbert Graf ( 1903-1973), metteur en scène d’opéra, fils de Max Graf (1873-1958), journaliste et musicologue.

C’est à partir du rêve de la baignoire que le texte  laisse apparaître chez moi une capacité de métaphorisation. Comme si à partir de ce rêve je pouvais rentrer dans une forme de narrativité et une certaine rêverie à laquelle la densité et l’aspect quasi inquisiteur des paragraphes précédents m’empêchaient d’accéder. 

La levée du refoulement faisait entrer de plein pied dans les théories sexuelles et les théories des origines. 

Les personnages du récit prennent une dimension réelle/fictionnelle qui leur donne une réalité psychique. Les protagonistes tout en restant bien différenciés entrent dans un dialogue quasi philosophique. Les arguments s’opposent frontalement avec des convictions et des croyances tout aussi inébranlables chez le fils que chez le père. Je me retrouve plongé dans la naissance de la mythologie de cette famille.

C’est comme si les personnages du récit prenaient vie, comme si ils sortaient des pages ouvertes du livre. A cet instant ils échappent entièrement au lecteur, a l’écrivain, au narrateur. Ils prennent place dans une scène intérieure qui est cet intime dont parle Freud, cette vérité intime qu’il n’est pas aisé de saisir. Mais on peut s’accorder que, lorsqu’ils atteignent cette qualité, la part inconsciente se convertit à l’occasion de la levée du refoulement en une scène vraie qui n’en reste pas moins parée des qualités des mécanismes  inconscients.

Ainsi la baignoire laisse voir ses contenus sexuels infantiles, elle joue le rôle d’un contenant symbolique de la pulsionalité et sert de berceau aux théories sur les origines. Hans par moment prend les commandes et dicte à son père, qui le prend au mot, ses fantasmes adressés au Professeur. La rivalité fraternelle se déploie avec l’attente de la naissance de la petite soeur. Hans fait l’expérience de la différence entre penser qui reste autorisé et souhaiter qui est réprimé par son père. Hans, lorsqu’il est en difficulté avec son père – qui plaque parfois les théories sur son discours – a l’habileté de lui dire qu’ils devraient écrire au professeur. 

On ne peut que réaliser à quel point cet enfant, comme on le voit parfois dans nos cures, prend au sérieux sa thérapie, il se l’approprie et en devient le principal sujet. Il encourage son père à poursuivre le travail quand ce dernier se décourage. On peut même se demander si à certains moment il n’y a pas inversion des positionnements, Hans, en faisant alliance avec le Professeur, devenant l’analyste de son père. 

 « Le père – Et tu serais alors seul avec maman. Et un bon petit garçon ne peut pas souhaiter ça. 

Hans – Mais il peut le penser. 

Le père – Ce n’est pas bien. 

Hans – S’il le pense, c’est bien tout de même, pour qu’on puisse l’écrire au Professeur. (note de Freud)…

Le père – comme je commence à lui donner de nouveaux éclaircissements, il m’interrompt, sans doute afin de m’expliquer que ce n’est pas si mal que ça de souhaiter la mort d’Anna . »

Commentaire.

Je trouve que par delà tout ce qui a été dit sur ce texte, sa richesse est dans le déploiement d’un dispositif , qui sera repris et approfondit ensuite mais qui est dans son originalité décrit pour la première fois. 

Dispositif dans lequel parent, enfant, sous le contrôle de l’analyste sont engagés dans une thérapie où chacun à tour de rôle en fonction de l’évolution du traitement devient thérapeute de l’autre. 

Les trois générations sont représentées dans le transfert, à la fois dans la réalité du dispositif, dans la réalité symbolique et dans la représentation de la constitution des instances psychiques qui, progressivement, trouvent leur articulation. Le père a le courage de faire confiance à Hans dans ses fabulations, au sujet de la cigogne, qu’il n’arrive pas à faire coller à ses connaissances théoriques. 

Hans ne cède pas à l’incrédulité manifeste du père et nous révèle un matériel d’une grande richesse. La symbolique oedipienne se déploie sur le modèle de Hamlet plus que de Sophocle. Le père est débordé par l’inventivité et la créativité de son fils et cherche en vain à imposer sa logique secondaire là où les processus primaire débordent de vitalité. Hans invente une fantaisie, un mythe des origines qui assigne le père à être cette figure impassible du psychanalyste qui écoute, d’une égale attention, l’ensemble du discours de son fils. 

Freud, tour à tour, malicieusement, nous livre une enquête sur l’inconscient et ses mystères et une technique psychanalytique éprouvée car vivante, pratique. Il ne semble pas se poser les grandes questions qui vont, à partir des théorisations de Mélanie Klein, opposer les analystes pendant de longues années, avec en particulier la controverse entre Anna Freud et Mélanie Klein et l’arrivée de Winnicott dans le paysage de la psychanalyse de l’enfant. 

Enfin, ne peut-on pas entre voir, dans certains passages, des éléments liés à la propre histoire oedipienne de Freud qui ne laisse pas passer la possibilité de déconstruire la puissance paternelle, en en soulignant fréquemment ses défaillances. 

Le père a mal interprété un fantasme alors Freud prédit qu’il le comprendras plus tard, qu’il n’est pas assez impartial car il n’est pas analyste… 

Les rôles semblent pouvoir se redistribuer en permanence….

Jean-Claude Bourdet

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